La course londonienne de Kerstin Thiele qui a changé sa carrière
Certaines médailles olympiques arrivent après des années de domination et d’attente. D’autres sont créés un jour extraordinaire où tout se met soudainement en place. Pour la judoka allemande Kerstin Teichert, plus connue au cours de sa carrière internationale sous le nom de Kerstin Thiele, le 1er août 2012 était exactement ce genre de journée. Aujourd’hui, elle a 40 ans, désormais connue sous le nom de Kerstin Teichert.
Thiele s’est rendu aux Jeux Olympiques de Londres en tant que compétiteur respecté des moins de 70 kg, mais certainement pas en tant que grand favori pour le titre. À la fin de la compétition, elle avait vaincu une série d’adversaires établis de classe mondiale et était montée sur le podium olympique avec l’argent autour du cou. Seule la Française Lucie Décosse, sans doute la judoka la plus remarquable des moins de 70 kg de cette génération, a empêché l’Allemande de remporter l’une des plus grandes surprises des Jeux de Londres.
Une route difficile à travers Londres
Le tirage au sort de Thiele n’a rien de simple. Elle a débuté contre la Néo-Zélandaise Moira de Villiers et s’est qualifiée pour les huitièmes de finale avec la Hongroise Anett Mészáros, quatre fois médaillée aux Championnats du monde et finaliste mondiale.
Mészáros était également l’un des adversaires que Thiele connaissait le mieux. Ils se sont rencontrés sept fois au cours de leur carrière, l’Allemand détenant finalement un avantage de 4-3. Londres a été la plus importante de ces rencontres et Thiele a tenu ses promesses quand cela comptait le plus.
Sa récompense fut un défi encore plus grand en quart de finale : Edith Bosch.
La star néerlandaise était l’une des compétitrices les plus marquantes des moins de 70 kg de son époque. Champion du monde, champion d’Europe et déjà multiple médaillé olympique, Bosch avait également un bilan de carrière impressionnant contre Thiele. En sept rencontres, Bosch en a remporté cinq.
Londres était différente.
Thiele a battu l’ancienne championne du monde et s’est soudainement retrouvée à une victoire d’une finale olympique. La Chinoise Fei Chen lui a fait obstacle en demi-finale, mais l’Allemande a continué sur sa lancée. Une autre victoire a assuré à Thiele la plus grosse médaille de sa carrière.
Seul Décosse pouvait l’arrêter
La finale la met face à face avec Lucie Décosse, et il n’y avait peut-être pas de mission plus difficile en judo féminin à l’époque.
Décosse avait été championne du monde en -63 kg avant de passer avec succès en -70 kg et était championne du monde en titre à son arrivée à Londres. Pour Thiele, la Française était aussi une rivale particulièrement difficile. Leur bilan face-à-face s’est finalement terminé à 5-0 en faveur de Décosse.
La finale olympique a suivi ce modèle. Décosse a remporté la médaille d’or et Thiele a dû se contenter de l’argent, mais la défaite ne pouvait guère diminuer ce que l’Allemand avait accompli.
En un jour, elle avait vaincu De Villiers, Mészáros, Bosch et Chen. Deux de ces victoires ont été remportées contre des femmes qui avaient déjà atteint une finale des Championnats du monde, alors que Bosch avait elle-même été championne du monde.
Thiele avait tout simplement trouvé son meilleur judo exactement au bon moment.
De champion d’Europe junior à médaillé olympique
Sa performance à Londres n’était pas une apparition isolée au plus haut niveau. Né en 1986, Thiele a connu le succès dès son plus jeune âge, devenant champion d’Europe U20 à Zagreb en 2005.
Elle a poursuivi son développement avec le bronze à la Coupe du monde à Vienne en 2007 et l’argent aux Championnats d’Europe U23 plus tard cette année-là. En 2008, elle a remporté le bronze européen à Lisbonne et un autre bronze au prestigieux tournoi néerlandais de Rotterdam.
La saison suivante souligne sa qualité internationale. Thiele a remporté le bronze au Grand Chelem de Paris en 2009, a atteint la finale européenne à Tbilissi et a ajouté des médailles aux Grands Chelems de Moscou et de Rio de Janeiro.
Elle a remporté la Coupe du monde à Sofia en 2011 et est revenue sur le podium du Grand Chelem parisien avec l’argent. Aux Jeux de Londres 2012, elle avait donc accumulé des années d’expérience face aux femmes des moins de 70 kg les plus fortes du monde. Ce qui manquait, c’était le résultat décisif du championnat. Londres l’a fourni.
Des rivaux familiers dans une génération dorée des moins de 70 kg
La qualité de l’opposition régulière de Thiele illustre également la force de son époque. Elle a combattu Mészáros et la Britannique Sally Conway sept fois chacune, divisant les deux rivalités 4-3 en sa faveur. Bosch a également été sept fois adversaire, tandis que les Italiennes Erica Barbieri et Décosse ont chacune affronté l’Allemande cinq fois.
Il ne s’agissait pas de rencontres occasionnelles avec des judokas d’élite ; ce sont les athlètes que Thiele a dû affronter à plusieurs reprises tout au long de sa carrière.
Cela rend le quart de finale olympique contre Bosch particulièrement significatif. La Néerlandaise avait contrôlé une grande partie de leur rivalité, mais le jour où les enjeux étaient les plus grands, Thiele a remporté la victoire.
Un deuxième chapitre en U78kg
Après Londres, Thiele est finalement passée des moins de 70 kg aux moins de 78 kg, prolongeant ainsi sa carrière internationale dans une nouvelle division. Elle est devenue championne d’Allemagne dans la catégorie des poids lourds en 2013 et a continué à collectionner les médailles internationales.
En 2014, elle a remporté l’argent à l’Open d’Europe de Tallinn et le bronze à l’Open d’Europe de Glasgow et au Grand Prix de Qingdao. D’autres médailles de bronze ont suivi à l’Open européen d’Oberwart et au Grand Prix de Tbilissi en 2015.
Ces résultats démontrent sa longévité, mais Londres reste inévitablement le tournoi déterminant de sa carrière.
Kerstin Thiele n’a pas été championne olympique de 2012. Lucie Décosse était tout simplement trop forte et a complété sa magnifique carrière avec le titre. Pourtant, la médaille d’argent de Thiele a sa propre histoire : une judoka allemande a produit la compétition de sa vie, éliminant Anett Mészáros et Edith Bosch, puis atteignant une finale olympique lorsque l’occasion s’est présentée. Lors d’une journée remarquable à Londres, tout a cliqué.
