Masato Uchishiba à 48 ans : grandeur olympique et héritage déchu
Lorsque Masato Uchishiba a eu 48 ans cette semaine, cela a offert un moment de réflexion sur l’une des carrières les plus complexes et les plus controversées de l’histoire du judo moderne. Sur le tatami, Uchishiba était l’un des meilleurs judokas légers jamais produits au Japon, un double champion olympique dont l’éclat technique a contribué à définir une époque. Cependant, en dehors de la compétition, son héritage a été irrémédiablement endommagé par des condamnations pénales qui ont mis fin à sa carrière d’entraîneur et transformé la façon dont on se souvient de lui.
Né au Japon et développé grâce au célèbre système universitaire de Kokushikan, Uchishiba est devenu l’un des principaux talents du pays dans la catégorie des moins de 66 kg au début des années 2000. À une époque où le judo japonais faisait face à une concurrence internationale croissante, il est devenu l’un des athlètes qui ont restauré la domination de la nation dans la catégorie des poids légers.
Sa plus grande réussite est survenue aux Jeux olympiques de 2004 à Athènes. Participant à l’une des catégories de poids les plus compétitives du judo, Uchishiba a remporté l’or olympique et s’est imposé parmi l’élite mondiale. Quatre ans plus tard, il réitère cet exploit aux Jeux olympiques de Pékin, devenant l’un des rares judokas à remporter des titres olympiques lors de Jeux consécutifs.
La deuxième médaille d’or l’a élevé au rang d’une compagnie rare au sein du judo japonais. Gagner un titre olympique est déjà assez difficile. Le défendre quatre ans plus tard est un exploit réservé aux meilleurs athlètes.
Entre ces triomphes olympiques, Uchishiba est resté une présence constante au plus haut niveau. Il a atteint la finale des Championnats du monde 2005 et a contribué au succès du Japon aux Championnats du monde par équipe en 2007. En 2009, il a connu une autre saison exceptionnelle, remportant le prestigieux Grand Chelem de Paris et atteignant la première place du classement mondial de la FIJ chez les moins de 66 kg.
Tout au long de sa carrière, il était connu pour son style offensif agressif et sa pression incessante. Ses compétitions comportaient souvent des échanges de lancers dynamiques qui faisaient de lui l’un des compétiteurs les plus excitants de sa génération.
Pourtant, l’un des moments déterminants de sa carrière sportive a été la défaite.
Aux Championnats du monde 2005 au Caire, Uchishiba est entré en finale comme favori mais a été surpris par le Brésilien Joao Derly. Le Brésilien n’a eu besoin que de 40 secondes pour remporter la victoire et devenir le premier Brésilien champion du monde masculin. Bien que douloureux pour Uchishiba, le concours est devenu l’un des moments les plus significatifs de l’histoire internationale du judo.
Après s’être retiré de la compétition d’élite, Uchishiba est devenu entraîneur. En 2010, il a été nommé entraîneur féminin à l’Université des soins infirmiers et de la protection sociale de Kyushu, semblant prêt à entamer une deuxième carrière réussie dans ce sport.
Ce qui suivit choqua le judo japonais.
En novembre 2011, il a été démis de ses fonctions à la suite d’allégations d’inconduite sexuelle impliquant une étudiante. Le mois suivant, il a été arrêté et accusé de viol.
L’affaire a attiré énormément d’attention au Japon, non seulement en raison de la gravité des allégations, mais aussi parce qu’elle impliquait l’un des champions olympiques les plus célèbres du pays.
Les procureurs ont fait valoir qu’Uchishiba avait profité d’une femme membre d’un club de judo universitaire après qu’elle soit devenue fortement ivre. Uchishiba a soutenu que la relation sexuelle avait été consensuelle.
Le tribunal a rejeté cette défense.
En 2012, il a été reconnu coupable et condamné à cinq ans de prison. Il a fait appel du verdict, mais en février 2013, le tribunal du district de Tokyo a confirmé la déclaration de culpabilité et la peine. Le juge a déclaré que le tribunal avait jugé crédible le témoignage de la victime et n’avait pas accepté la version des événements d’Uchishiba.
Suite à son arrestation, la Fédération japonaise de judo lui a interdit toute activité liée au judo, mettant ainsi un terme définitif à son implication dans ce sport.
En conséquence, les discussions sur Uchishiba impliquent inévitablement deux réalités très différentes. La première est celle d’un athlète remarquable, champion olympique à Athènes et Pékin, finaliste des championnats du monde, vainqueur du Grand Chelem de Paris et ancien numéro un mondial. Le second est celui d’un homme dont les actes criminels ont abouti à une peine de prison et ont porté atteinte de façon permanente à sa réputation au sein de la communauté du judo.
Pour le judo japonais, son histoire reste l’un des chapitres les plus difficiles du sport. Ses réalisations en compétition font partie du record historique et ne peuvent être effacées. Dans le même temps, la gravité des crimes pour lesquels il a été reconnu coupable a fondamentalement modifié la façon dont ces réalisations sont perçues. Ses exploits sportifs sont extraordinaires, mais ils sont indissociables des événements qui ont suivi.
