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Il y a dix ans jour pour jour, la France vivait une de ces journées olympiques qui restent profondément ancrées dans son histoire du judo. Teddy Riner a défendu avec succès son titre des poids lourds à Rio de Janeiro, mais la première médaille d’or française du 12 août 2016 était déjà revenue à Emilie Andéol. À 28 ans, le puissant poids lourd français a réalisé un tournoi remarquable en battant la championne olympique en titre Idalys Ortiz de Cuba en finale des O78 kg, offrant ainsi à la France deux champions olympiques des poids lourds le même jour.
Andéol n’était certainement pas un outsider dans le judo international. Elle avait remporté des titres européens consécutifs en 2014 et 2015, décroché le bronze aux Championnats du monde à Chelyabinsk en 2014 et remporté le Grand Chelem de Paris en 2015. Pourtant, elle est arrivée à Rio sans l’aura qui entoure certains des autres poids lourds. Ortiz était le champion olympique en titre, le Chinois Song Yu était le champion du monde en titre et le Japon comptait Kanae Yamabe parmi les principaux candidats à une médaille. À la fin de la journée, Andéol avait elle-même battu deux de ces principales prétendantes.
Créer une dynamique dans le domaine des poids lourds
Sa campagne olympique a débuté contre l’expérimentée Mexicaine Vanessa Zambotti, qui participait déjà à ses quatrièmes Jeux Olympiques. Après avoir franchi cet obstacle d’ouverture, Andéol a affronté le Tunisien Nihel Cheikh Rouhou en quart de finale et a de nouveau trouvé la voie. Cela l’a mise en demi-finale contre Song Yu, l’un des plus gros tests disponibles dans la division.
Song avait remporté le titre mondial 2015 à Astana et représentait l’énorme défi physique traditionnellement associé aux poids lourds chinois. Andéol a néanmoins survécu à cet examen et s’est retrouvée soudain à un concours de devenir championne olympique.
Ortiz l’attendait, sans doute le poids lourd déterminant de l’époque. Le Cubain avait déjà décroché le bronze olympique à Pékin en 2008 avant de devenir champion à Londres quatre ans plus tard. Elle avait également remporté des titres mondiaux et participé à la finale de Rio en essayant de devenir la deuxième femme à conserver la couronne olympique des poids lourds.
Mais pour Andéol, la réputation importait peu une fois le concours lancé. La finale s’est transformée en une longue bataille tactique et s’est poursuivie en golden score, aucune des deux femmes n’étant prête à céder la moindre ouverture. Finalement, Andéol a trouvé le moment décisif sur le terrain, contrôlant Ortiz en osaekomi et tenant le Cubain assez longtemps pour assurer le titre olympique.
L’émotion a été immédiate. Un peu plus tard, Riner a battu le Japonais Hisayoshi Harasawa dans la finale masculine des poids lourds, ce qui signifie que la France a terminé la dernière journée individuelle de judo avec les deux titres olympiques des poids lourds.
Un podium rempli de champions
Un retour en arrière dix ans plus tard souligne également la qualité de ce champ de Rio. Ortiz a terminé avec l’argent, tandis que Song a récupéré pour remporter le bronze aux côtés du Japonais Yamabe. La Turque Kayra Özdemir et la Coréenne Kim Min-Jeong ont terminé cinquièmes, tandis que Cheikh Rouhou et le poids lourd néerlandais Tessie Savelkouls sont septièmes.
Pour Andéol, c’est l’aboutissement d’une carrière qui s’est construite progressivement plutôt que par une explosion précoce sur la scène internationale. Ses combats contre les poids lourds européens établis faisaient partie intégrante de ce voyage. Elle a affronté l’Allemande Jasmin Külbs douze fois, en remportant neuf, tandis que sa rivalité avec Franziska Konitz s’est terminée 5-4 en faveur d’Andéol. Elle a remporté six des sept rencontres avec Sarah Adlington et a partagé six matchs avec Yamabe 3-3.
Ces chiffres illustrent à quel point le paysage des poids lourds était compétitif au cours de ses années de pointe. Andéol cumule cinq victoires en Coupe du monde et sur le World Judo Tour, de nombreuses médailles avec la puissante équipe de France et, après Rio, retrouve le podium du Grand Chelem de Paris avec le bronze en 2017.
Sa dernière apparition internationale officielle a eu lieu aux Championnats du monde 2017 à Budapest. Des problèmes persistants au genou et une arthrose avancée l’ont finalement contrainte à abandonner la compétition d’élite, sa retraite devenant définitive en 2018.
La vie difficile après l’or olympique
L’histoire d’Andéol est devenue particulièrement intéressante après Rio car l’or olympique n’a pas produit la fin simple d’un conte de fées à laquelle on aurait pu s’attendre. Plus tard, elle a parlé ouvertement des difficultés liées au fait de devenir soudainement championne olympique, de l’attention qui a suivi et de la lutte pour construire une nouvelle identité une fois la compétition disparue de sa vie.
La transition est devenue suffisamment grave pour qu’elle puisse parler publiquement du chômage, de la dépression et de l’épuisement professionnel. Elle a estimé que les athlètes avaient besoin d’une préparation beaucoup plus solide aux décennies de vie professionnelle qui suivent une carrière sportive d’élite relativement courte, plutôt que de découvrir après la retraite que le système sportif qui les entourait avait soudainement disparu.
Au fil du temps, elle a trouvé un rapport différent à la médaille. Dans une interview à la FIJ, Andéol a expliqué qu’elle ne voulait plus que son identité commence et finisse par être championne olympique. Elle était devenue plus à l’aise en étant simplement Emilie, tout en retrouvant le plaisir de regarder le judo sans supporter la pression qu’elle subissait autrefois en tant qu’athlète.
Cette expérience lui a également donné une voix au-delà de la concurrence. Andéol s’est impliqué dans l’administration du judo français, siégeant au conseil d’administration de France Judo avec la responsabilité de la responsabilité sociale de l’entreprise et des initiatives de développement durable. Pas plus tard qu’en 2025, elle est restée visible dans ce rôle, en remettant un prix lié au programme de responsabilité environnementale de France Judo.
Son lien avec son ancien club, le Red Star Champigny, fait également partie de son héritage. Le club compte toujours Andéol aux côtés de Séverine Vandenhende et Clarisse Agbégnénou parmi les champions olympiques qui ont contribué à asseoir son extraordinaire réputation dans le judo féminin français.
Andéol n’a certainement pas disparu du monde du judo. Elle participe encore régulièrement à de grandes compétitions, y compris à des événements hors de France, où elle est souvent vue aux côtés de son ancienne coéquipière Gévrise Emane. Les deux champions partagent désormais également des responsabilités au sein de France Judo : Andéol est vice-président chargé de la RSE, tandis que le triple champion du monde et médaillé de bronze aux JO de Londres 2012 Emane est vice-président aux relations internationales.
Dix ans après Rio, ce voyage plus large rend peut-être la victoire olympique encore plus intéressante. Andéol n’était pas la superstar la plus évidente de l’équipe de France et elle a admis plus tard qu’elle ne s’était jamais considérée comme quelqu’un destiné depuis l’enfance à devenir championne olympique. Pourtant, le 12 août 2016, elle a battu la championne du monde en titre alors qu’elle se dirigeait vers la finale, puis a détrôné la championne olympique en titre au moment le plus important.
Le deuxième titre olympique de Riner était attendu cet après-midi. Celle d’Andéol est la surprise qui a rendu inoubliable le doublé français des poids lourds.
