Margaux Pinot : une championne du monde qui marque le judo français
Le judo français fait ses adieux à l’une de ses figures les plus reconnaissables alors que Margaux Pinot a officiellement annoncé sa retraite du sport. A 32 ans, Pinot laisse derrière elle une carrière remplie de titres majeurs, de combats inoubliables et une place parmi les judoka françaises les plus titrées de sa génération.
Ses adieux surviennent moins de deux ans après le sommet de sa carrière, celui de remporter le titre mondial à Abou Dhabi en 2024. Il s’agit du couronnement d’une athlète qui a passé plus d’une décennie parmi l’élite internationale, concourant toujours avec intensité, émotion et une combativité acharnée.
La carrière de Pinot s’est bâtie sur la constance au plus haut niveau. Double championne d’Europe en 2019 et 2020, elle a également joué un rôle clé dans les succès de l’équipe de France en double mixte, contribuant à décrocher l’or olympique à Tokyo 2020 et l’or en double mixte en 2022. Dans la catégorie individuelle, elle est devenue l’un des noms marquants des moins de 70 kg à une époque particulièrement compétitive.
Son ascension a commencé bien avant les projecteurs des seniors. Pinot a remporté le bronze aux Championnats du monde juniors 2013, une première indication de son potentiel. Au fil des années, elle est progressivement devenue une judoka complète, capable de combiner attaques explosives et maturité tactique. En 2019, elle était véritablement arrivée parmi les meilleures au monde, remportant le bronze aux Championnats du monde et l’or aux Jeux européens de Minsk.
La Française est devenue un visage familier sur les podiums des Grands Chelems du monde entier. Au cours de sa carrière, elle a récolté 14 médailles du Grand Chelem, dont quatre d’or, et remporté des victoires lors d’événements prestigieux tels que Paris 2022 et Tel Aviv en 2021 et 2023. Elle a également remporté des titres de Grand Prix à Marrakech en 2019 et à Douchanbé en 2023, tout en continuant à concourir à un niveau élevé jusqu’à la trentaine, notamment l’argent à Tachkent en 2024 et la victoire à l’Open d’Europe 2025 en Benidorm.
Ce qui a rendu Pinot particulièrement respectée, c’est sa longévité dans l’une des divisions féminines les plus fortes du judo. Semaine après semaine, elle affrontait les mêmes adversaires d’élite, créant des rivalités qui ont défini toute une époque. Son bilan contre Barbara Matić reflète l’intensité de leurs rencontres, tandis que sa domination sur l’Allemande Miriam Butkereit a montré sa capacité à se hisser constamment dans les plus grandes compétitions. Ses duels avec la judoka néerlandaise Sanne van Dijke ont souvent basculé dans les deux sens et se sont transformés en batailles tactiques entre deux athlètes qui se connaissaient parfaitement. Chez elle en France, elle partageait également une féroce rivalité interne avec Marie Eve Gahié, soulignant l’incroyable profondeur du judo féminin français.
Le pinot n’a jamais été une simple machine à médailles. Elle a concouru avec une passion visible, supportant à la fois les attentes et les pressions liées au fait de représenter l’une des nations les plus fortes du judo. En France, la réussite en judo ne se prend jamais à la légère, surtout dans les catégories féminines où le niveau est exceptionnellement élevé. Pinot a réussi à rester pertinente au fil de plusieurs cycles olympiques, adaptant son style et sa mentalité tandis que de nouvelles générations émergeaient autour d’elle.
Son titre mondial en 2024 était particulièrement significatif car il récompensait des années de persévérance. Après être déjà montée sur les podiums européens et mondiaux, elle a finalement atteint le sommet, prouvant que l’expérience et la résilience peuvent encore vaincre les plus jeunes challengers. C’était un point culminant idéal pour une athlète qui avait consacré sa vie à ce sport.
Aujourd’hui, à mesure qu’il s’éloigne de la compétition, le judo français perd non seulement un champion mais aussi une forte personnalité au sein de l’équipe. La carrière de Pinot reflète la profondeur et la tradition du judo féminin français, un système qui continue de produire des athlètes de classe mondiale, mais qui exige également d’énormes sacrifices.
De médaillée mondiale junior à championne olympique par équipe, de reine d’Europe à championne du monde, Margaux Pinot laisse au tatami un héritage remarquable. Ses médailles racontent une partie de l’histoire, mais le judo a fait d’elle la femme qu’elle est.
