La championne d’Europe Joanne van Lieshout trouve l’équilibre au-delà du tatami
Lorsque Joanne van Lieshout est montée sur la plus haute marche du podium européen à Tbilissi en 2026, cela a été à la fois une avancée et une confirmation. Déjà sacré champion du monde en 2024, le judoka néerlandais s’est progressivement construit l’un des palmarès les plus convaincants de la catégorie -63kg. Pourtant, son parcours n’a jamais été simple. Derrière les médailles se cache une histoire de persévérance, de perte personnelle et d’apprentissage pour concilier le sport d’élite avec les réalités de la vie au-delà des tatamis.
L’ascension de Van Lieshout a commencé très tôt. Une médaille de bronze aux Championnats d’Europe cadets de 2018 laissait entrevoir son potentiel, mais c’est en 2019 qu’elle s’est véritablement révélée, en remportant l’or au FOJE de Bakou – déjà dans sa catégorie de poids actuelle, -63 kg. Ce premier succès s’est poursuivi jusqu’aux rangs juniors, où elle est devenue l’une des athlètes dominantes de sa génération. Les médailles européennes juniors en 2020 et 2021 ont été suivies par des titres mondiaux consécutifs : l’or aux Championnats du monde juniors d’Olbia en 2021 et de nouveau à Guayaquil en 2022. Peu de judoka parviennent à une telle régularité à ce niveau ; encore moins le convertissent en réussite senior.
La transition vers le circuit senior est souvent un moment où les promesses faiblissent, mais Van Lieshout l’a parcouru avec une confiance croissante. Une médaille de bronze aux Championnats du monde 2023 à Doha a marqué son arrivée parmi l’élite, aux côtés de podiums aux Grands Chelems du Qazaqstan Barysy et de Tokyo la même année. En 2024, elle frappait avec insistance à la porte du sommet. Les médailles de bronze à Bakou et à Tbilissi ont été suivies par l’argent aux Championnats d’Europe à Zagreb. Puis vint le moment décisif : l’or au titre mondial à Abu Dhabi en mai 2024, l’élevant de prétendante à championne.
Et pourtant, le succès ne l’a pas mis à l’abri de l’adversité. Van Lieshout vit avec le diabète, une maladie qui ajoute une dimension complexe à la vie d’un athlète de haut niveau. La récupération entre les compétitions – souvent plusieurs combats sur une longue journée – exige une gestion prudente, de la discipline et une vigilance constante. Dans un sport où les marges se mesurent en secondes et où de petites différences physiques peuvent décider du résultat, elle a dû trouver son propre équilibre. Ses proches parlent des routines minutieuses qu’elle a développées et d’une résilience mentale aussi impressionnante que son judo technique.
Son expérience olympique lui a toutefois rappelé que le sport suit rarement un scénario. Les attentes étaient grandes, mais les Jeux ne se sont pas déroulés comme prévu et elle est sortie plus tôt que prévu. Pour beaucoup, une telle déception pourrait perdurer. Pour Van Lieshout, cela s’inscrit dans un parcours plus vaste, façonné non seulement par les résultats, mais aussi par la perspective.
Ces derniers mois, elle a parlé ouvertement du décès de son frère, un événement qui a profondément influencé son regard. Cela l’a rendue, selon ses propres mots, plus consciente de la nécessité de garder les pieds sur terre, de rester humble et d’apprécier chaque jour. Ce sens de la perspective est visible dans son attitude : posée, concentrée, mais de plus en plus réfléchie.
Le judo a toujours été au cœur de sa vie. Elle vient d’une véritable famille de judo, où le sport fait partie du quotidien. Sa mère a concouru à un niveau élevé, bien que juste en dessous du niveau le plus élevé, et son père est également profondément impliqué dans le judo. C’est un environnement qui a façonné non seulement sa technique, mais aussi sa compréhension des valeurs du sport : respect, discipline et amélioration continue.
Aujourd’hui, alors qu’elle se dirige vers le Grand Chelem à Astana, Van Lieshout arrive en tête de série dans un redoutable peloton des moins de 63 kg. Parmi ses rivales se trouve Rafaela Silva, ancienne championne olympique et mondiale dont l’expérience fait d’elle une menace permanente. La Canadienne Catherine Beauchemin-Pinard, elle-même ancienne numéro un mondiale, ajoute encore de la profondeur, tandis que deux solides prétendantes mongoles – toutes deux finalistes du récent Grand Chelem de Douchanbé – soulignent la force mondiale de la catégorie.
Il s’agit, à tous points de vue, d’un domaine exigeant. Mais la trajectoire de Van Lieshout suggère qu’elle est prête. Son récent titre européen, combiné à l’argent à Tbilissi plus tôt dans la saison et au bronze à Paris, témoigne d’une athlète qui a retrouvé son rythme après le revers olympique.
À 63 kg, le succès dépend souvent du timing, de la précision et de la capacité d’adaptation sous pression. Joanne van Lieshout a montré qu’elle possédait les trois. Plus important encore, elle a démontré quelque chose de moins tangible mais tout aussi vital : la capacité de grandir grâce aux défis.
De championne du FOJE à double championne du monde junior, de médaille d’or mondiale senior à championne d’Europe, sa carrière couvre déjà tout l’arc des succès du judo d’élite. Pourtant, façonnés par des épreuves personnelles et renforcés par l’expérience, il semble que ses chapitres les plus significatifs soient encore en cours de développement.
